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La guerre Russie-Ukraine. enjeux stratégiques   : Les chaînes de causalité

14 mars 2026

Le 24 février 2022, l’armée russe envahit l’Ukraine, soit à quelques jours près, huit ans après le soulèvement ukrainien de la Place Maïdan (Euromaïdan), et la destitution du Président de la République Ianoukovytch (pro-russe), ce qui ne relève pas sans doute d’un simple hasard [1].

Comme le signale Jean-Robert Raviot  [2], «  cette invasion russe de l’Ukraine  » a «  sidéré beaucoup d’observateurs  », et sans nul doute une grande partie de la population de notre pays. Jean-Robert Raviot rappelle que depuis plusieurs décennies l’objectif de la Russie, ou si l’on veut de “Poutine”, était «  d’obtenir une Ukraine neutre  », puis, plus récemment «  d’ouvrir une négociation avec les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN pour obtenir une révision complète de l’architecture de sécurité sur le continent européen, plus favorable à la Russie que celle qui a résulté de la fin de la guerre froide  ». Dans son article, Jean-Robert Raviot se soucie de revenir aux “chaînes de causalité” qui ont conduit aux décisions prises par le pouvoir russe.

Sans disposer des ressources d’un État ou de services spéciaux, ni même d’une expertise sur le dossier, Germinal se propose de restituer, si possible de façon non unilatérale [3], quelques données portant sur ces “chaînes de causalité”, au moyen de repères chronologiques situant le conflit dans son contexte historique global. Ce recueil permet d’établir que l’invasion de l’Ukraine par la Russie, comme les motifs de cet affrontement, sont loin de concerner seulement ces deux puissances, mais qu’ils portent selon toute vraisemblance sur des enjeux stratégiques d’ordre général. Et que, comme il en est toujours ainsi en temps de guerre, ce sont les populations au centre de ces enjeux qui sont tenues d’en payer tous les frais.

Le conflit se noue sur la base d’une contradiction d’ordre stratégique entre la puissance russe et le “camp occidental” qui se présente comme “le monde libre”. Du côté occidental, on constate à partir des années 1990 (fin de l’URSS) un «  élargissement continu [de l’OTAN] en direction des frontières occidentales de la Russie […], et l’affirmation du principe dit de “la porte ouverte” — le droit de chaque État de choisir ses alliances  », de l’autre côté [la Russie], est affirmée l’exigence «  du respect des intérêts de sécurité de la puissance russe et la revendication de son droit de disposer d’un glacis de sécurité sur des frontières occidentales [4]  ». Après des décennies de tension depuis 1991, le conflit entre l’Ukraine et la Russie a pris en 2022 la forme d’une guerre ouverte.

En dépit d’une longue histoire en partie commune (économique, politique, culturelle) les pays de l’ensemble soviétique, dont l’Ukraine, ont pris en 1991 leur indépendance à l’égard du bloc soviétique, sans que celle-ci signifie une véritable autonomie à l’égard du bloc militaro-politique occidental. L’Ukraine, comme les autres pays de l’ensemble soviétique, se trouve de fait objet d’un enjeu mettant aux prises les deux anciens blocs. Toutefois, si le Pacte de Varsovie (alliance politico-militaire autour de la Russie), constitué en 1955, se trouve dissous en 1991, le “camp occidental” sous l’égide de l’OTAN [5] et des États-Unis d’Amérique, se maintient jusqu’à aujourd’hui, avec élargissement de son emprise. Certes, aucun «  ennemi  » n’avait été formellement désigné par l’OTAN en 1949, il était seulement question de «  faire face  » à «  la redoutable menace militaire soviétique  »  ! Avec la disparition de l’ensemble soviétique, la Russie n’en demeure pas moins considérée comme «  menace principale  » [pour ne pas dire «  l’ennemi  »], et, depuis le Sommet de Varsovie en 2016 [6], les objectifs post-guerre froide de l’OTAN ont été élargis.

On peut comprendre à cet égard que l’adhésion d’un pays de l’ex-bloc soviétique à l’OTAN ne puisse être mise sur le même plan que l’adhésion à une institution de sécurité collective à vocation universelle, telle l’ONU. Il s’agit en la matière d’un choix délibéré qui implique l’intégration plus ou moins souple à un bloc contre un autre bloc ou contre des adversaires ou ennemis supposés. De 2004 à 2014, les gouvernements de l’Ukraine vont osciller entre le choix d’une position «  neutre  »  : pro-russe ou pro-européenne, (“atlantique”). En sachant que dans un passé pas très lointain, l’entité ukrainienne n’avait pas été pleinement unifiée. Historiquement, elle s’était constituée à l’Est sur la base d’espaces dans l’orbe de l’Empire russe, à l’Ouest sous le contrôle de la Pologne et de l’Autriche Hongrie. Après la dissolution de l’URSS, ces deux polarités tendent à se reconstituer au regard de la politique des blocs  : une pro-occidentale à l’Ouest, une pro-russe à l’Est.

 

 



Notes    (↵ Retourner au texte)
  1. 1. Il faut rappeler que ce soulèvement avait pour enjeu le choix posé entre neutralité ou rattachement à l’un ou l’autre des “blocs” stratégiques en présence  : Russie d’un côté, Union Européenne (et l’OTAN) de l’autre.
  2. 2. Jean-Robert Raviot, «  L’invasion de l’Ukraine concrétise la menace russe en Europe  », Conflits, 2 mars 2022.
  3. 3. Dans l’établissement de cette chronologie, on a eu recours pour l’essentiel à des documents émanant de sources françaises, qui relaient plus ou moins les points de vue des dirigeants ukrainiens (un peu moins celui des dirigeants “séparatistes”). Pour ceux qui souhaitent se documenter sur les «  chaînes de causalité  » invoquées par la Russie sur les raisons de son entrée en guerre, il est utile de prendre connaissance des allocutions de Vladimir Poutine, des 22 et 24 février 2022 (Source en.kremlin.ru, traduction française  : lecridespeuples.fr), ce qui ne signifie nullement y adhérer.
  4. 4. Tribune de Pierre Lellouche, Le Figaro. «  Jusqu’en décembre 2021 [soit pendant 30 ans] la Russie avait répliqué aux élargissements successifs de l’OTAN depuis la fin de la guerre froide par la stratégie dite des “conflits gelés”  ». En décembre 2021, «  Poutine pose brutalement aux Occidentaux un ultimatum  : ou bien ceux-ci s’engagent par écrit et très rapidement à stopper tout élargissement futur de l’OTAN en Europe orientale et dans le Caucase, en arrêtant de surcroît toute activité militaire aux frontières de la Russie [ou bien] c’est le véritable encerclement de l’Ukraine.  »
  5. 5. «  Je pense qu’il est vital pour l’OTAN que la Russie reste un pays ennemi en ce sens que la menace russe permet le maintien de la suprématie américaine  ». Pascal Marchand, «  La Russie se sent encerclée par l’OTAN  », Le Point, 24 février 2022.
  6. 6. Cf. le Rapport dit OTAN 2030, qui prend aussi en compte l’affirmation [menace] de la puissance chinoise. Voir Amélie Zima, «  Définir les objectifs de l’OTAN  : les concepts stratégiques  », in A quoi sert l’OTAN ? Questions Internationales, n°111, La Documentation française.

Quelques repères chronologiques

14 mars 2026

/strong>, Dissolution de l’URSS. Les USA s’engagent verbalement vis-à-vis de Gorbatchev à ne jamais étendre l’OTAN vers l’Est. Ces engagements aujourd’hui contestés furent confirmés par la suite par de nombreux dirigeants du monde occidental [7].

— 1991  : Traité de Minsk (à ne pas confondre avec les négociations de Minsk de 2014-2015). Ce traité entérine la dissolution de l’URSS, et donne naissance à la CEI (Russie, Ukraine, Biélorussie). Par la suite, huit anciennes républiques de l’ensemble soviétique y adhèrent, sans les Pays Baltes et la Géorgie qui refusent l’adhésion.

— Dès 1992, des relations se nouent entre l’Ukraine et l’OTAN. L’Ukraine engage un plan d’action pour l’adhésion, interrompu après l’élection présidentielle de 2010. Viktor Ianoukovitch est élu avec un programme qui prône une Ukraine «  neutre  ».

— 1994  : Mémorandum de Budapest (Russie, USA, GB) selon laquelle l’intégrité territoriale de l’Ukraine doit être respectée [8].

— 1999  : Adhésion à l’OTAN de la Pologne, la Hongrie, la République tchèque.

— 2004  : Adhésion à l’OTAN de la Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie
En dépit de ces adhésions ou propositions d’adhésions, la Russie ne passe pas à l’attaque, se contentant de réagir, jusqu’à l’élargissement de l’OTAN en 2007.

— 2008  : La donne change. L’OTAN donne son aval à une proposition d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. La France et Allemagne s’y opposent.

— 2013-2014  : L’Ukraine est plus que jamais partagée entre le projet d’intégration économique à l’Union européenne et la proposition d’union douanière russe.

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“Soulèvement de l’Euromaïdan ” (18-23 février 2014)

L’enjeu de ce soulèvement peut être mis en relation avec une décision du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, celui-ci refuse de signer l’accord d’association proposé par l’Union européenne. En réaction à ce refus, des manifestations en faveur de la signature se constituent. Elles vont regrouper à Kiev 100 000 personnes sur la Place Maïdan. Les manifestants favorables à l’accord d’association exigent la démission du président. Ce dernier confirme son choix en faveur de la proposition d’union douanière avec la Russie [9].

S’agissant des causes immédiates, le soulèvement, non exempt d’ingérences étrangères, se déclenche à la suite d’incidents entre police et manifestants, le Président élu, Viktor Ianoukovytch, ayant donné l’ordre d’évacuer la Place Maïdan. Les policiers essaient de reprendre le contrôle de la place, sans y parvenir. Poussé à la démission, Ianoukovytch refuse et parle de « coup d’État ». Il annonce l’organisation d’élections anticipées ainsi qu’un retour à la Constitution de 2004 [10]. Des négociations de sortie de crise sont entamées avec l’opposition et les ministres des affaires étrangères allemand, polonais et français. Sous la menace des manifestants Ianoukovitch finit par s’enfuir tandis que la Rada (Parlement ukrainien) le destitue par les voix de 328 députés sur 450 [en violation avec l’article 111 de la Constitution — 338 votes étaient nécessaires ainsi que l’avis du Conseil constitutionnel [11]].

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Les conséquences de la “révolution”  : Guerre civile, Division de l’Ukraine

— À Kiev, les affrontements entre pro-Maïdan et anti-Maïdan tournent au profit des premiers. Les pro-Maïdan sont toutefois minoritaires dans plusieurs régions du Sud-Est  : Donetsk, Loughansk, Kharkiv. Une partie de l’Est du pays et quelques députés ne reconnaissent pas les nouvelles institutions. L’abolition de la loi sur les langues régionales, votée par la Rada, qui interdit l’usage de la langue russe, met le feu aux poudres. Des brigades d’auto-défense sont créées, notamment à Sébastopol, où un nouveau maire (pro-russe) est élu à main levée pour «  le retour à la stabilité  ».

— Début mars, la république autonome de Crimée est de facto détachée de Kiev. Les députés de Crimée votent l’organisation d’un référendum d’autonomie, la population se prononce à 96,6% en faveur d’un rattachement à la Russie. Le 18 mars, un traité entérine ce rattachement, les pays occidentaux s’opposent à ces actes, qualifiés d’annexion. L’Union Européenne vote des sanctions économiques contre la Russie.

— Au cours du mois d’avril, de violents affrontements éclatent dans la région du Dombass, entre les loyalistes et les séparatistes, secrètement soutenus et armés par la Russie. Ces forces prennent d’assaut plusieurs villes dans la région de Donetsk et de Louhansk et proclament l’indépendance des deux régions. Des référendums d’auto-détermination sont organisés le 11 mai 2014 et valident ce choix. La guerre entre ces deux parties de l’Ukraine ne cesse pas jusqu’au déclenchement de l’intervention russe de 2022. Les populations du Donetsk et de Louhansk sont assiégées durant toute cette période. On compte des milliers de morts (14 000) au cours des sept années de siège [12].

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— Mai 2014. Petro Porochenko est élu Président de la République. Il est partisan de l’adhésion à l’OTAN et à l’Union Européenne.

— 2 mai 2014  : à la suite d’affrontements entre “pro-Maïdan” et “anti-Maïdan“ (ou “pro-russes”), ces derniers retranchés dans la Maison des syndicats sont assiégés par des milices du «  Pravy Sektor  » qui mettent le feu au bâtiment (de 40 à 50 morts brûlés, asphyxiés, précipités par les fenêtres). Les médias français sont discrets. Aucune enquête des autorités [13].

— Septembre 2014  : Un cessez-le-feu entre les deux parties ukrainiennes est signé à Minsk.

— Octobre 2014  : Élections législatives. Le nouveau gouvernement fait de l’adhésion à l’OTAN une priorité.

— Septembre 2014 et février 2015 / Négociations de Minsk  : Les détails de l’accord s’inspirent du plan de paix en 15 points proposé par le président ukrainien Petro Porochenko. Signataires du document  : l’envoyée spéciale de l’OSCE, Heidi Tagliavini, l’ancien président de l’Ukraine, Leonid Koutchma, l’ambassadeur russe en Ukraine, Mikhaïl Zourabov, les dirigeants des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk [14].
[Des violations de ces accords se révéleront fréquentes après leur signature en septembre 2014 et février 2015].

— Décembre 2014. Le Parlement ukrainien renonce au statut de neutralité de l’Ukraine. La Rada ukrainienne (sans les séparatistes) vote en faveur d’une adhésion à l’OTAN.

— Janvier 2015  : Le 24, les “séparatistes” bombardent la ville de Marioupol, située sur la mer d’Azov entre la frontière russe et la Crimée, causant le mort d’une trentaine de civils.

— Février 2015  : De nouvelles négociations ont lieu entre la Russie et l’Ukraine, auxquelles participent l’Allemagne et la France. Angela Merkel et François Hollande se rendent à Kiev puis à Moscou afin de proposer à Petro Porochenko et à Vladimir Poutine un plan de règlement du conflit, mais celui-ci se poursuit. La Russie annonce un nouveau cessez-le-feu.

— Décembre 2017  : Les États-Unis fournissent des armes dites «  défensives  » à l’Ukraine.

— Août 2018  : Le “séparatiste” Alexandre Zakhartchenko est assassiné à Donetsk.

— Novembre 2018  : Trois navires de la Marine ukrainienne sont arraisonnés par les forces russes sous le pont de Crimée, 24 membres d’équipage sont arrêtés. Le lendemain, le président Porochenko décrète la loi martiale pour trente jours dans les régions russophones de l’Est du pays.

— Février 2019  : Le préambule de la Constitution de l’Ukraine est modifié en vue de lui permettre de rejoindre l’OTAN et l’Union européenne.

— Mai 2019  : Volodymyr Zelensky est élu président de l’Ukraine face à son prédécesseur Petro Porochenko. Il annonce aussitôt la dissolution du Parlement.

— Août 2019  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Brégançon. Il déclare vouloir réinventer «  une architecture de confiance et de sécurité en Europe  », incluant la Russie.

— Septembre 2019  : Les 24 marins ukrainiens ainsi que dix autres citoyens sont libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers.

— Octobre 2019  : Des représentants ukrainiens et russes se réunissent à Minsk sous la protection de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Ils s’accordent à organiser des élections dans les régions séparatistes du Donbass afin de leur octroyer un statut spécial. Des milliers de manifestants manifestent en Ukraine, ils y voient une capitulation face à la Russie.

— Décembre 2019  : Les dirigeants russe, ukrainien, français et allemand se rencontrent. Ils discutent de l’accord visant à réguler le transit du gaz russe en Ukraine vers l’Europe (accord conclu en 2009 et arrivant à terme le 31 décembre 2019). La Russie et l’Ukraine concluent un nouvel accord de cinq ans.

— Juin 2020  : L’Ukraine rejoint le programme d’interopérabilité renforcée et de coopération des partenaires de l’OTAN qui reconnaît l’Ukraine comme partenaire.

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Dans sa bienveillance démocratique, le “monde libre” résiste à toute escalade

— Avril 2021  : Poutine rappelle que Moscou sera contraint de réagir si l’OTAN franchit les “lignes rouges” («  nouvelle expansion vers l’Est  »). Il insiste sur la nécessité de «  garanties de sécurité  » pour mettre fin à l’escalade. Dans le même temps, la Russie mobilise 100 000 hommes et plus à la frontière de l’Ukraine.

— Juin 2021  : Au Sommet de l’OTAN à Bruxelles, est réitérée la décision du Sommet de Bucarest selon laquelle l’Ukraine doit devenir membre de l’OTAN. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stolenbreg souligne que la Russie ne pourra pas y opposer son veto. Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine se rencontrent à Genève et discutent de questions stratégiques.
L’OTAN et les forces de l’Ukraine organisent des exercices communs en Mer noire (Sea Breeze 2021).

— Septembre 2021— A l’occasion de la préparation d’exercices communs prévus pour 2022 (Defender 22), se tient une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN afin d’établir un Master Plan visant à renforcer leurs alliances militaires contre la Russie (repositionnement du front occidental). Le Site German-Foreign-Policy titre  : «  Un front plus uni contre la Russie  » (UE, USA, OTAN).

— Octobre 2021  : En coopération avec les 32 pays de l’OTAN, la Bundeswehr met en œuvre des cartes détaillées de la Russie, en «  format militaire  ». Le Conseil allemand de politique étrangère (DGAP) appelle à de nouveaux investissements pour défendre les capacités militaires au sein de l’UE et de l’OTAN, mais aussi pour «  promouvoir un “Change in Russia”  »  : «  Le changement en Russie est la priorité  » (ceci en relation avec la promotion de contacts avec la diaspora russe).

— Novembre 2021  : Réunion à Riga des ministres des affaires étrangères de l’OTAN qui accentuent leur pression sur Moscou. Ils revendiquent le pouvoir d’interdire à la Russie de déployer des troupes sur des zones de son propre territoire (ce qu’ils ne s’interdisent pas eux-mêmes). Plusieurs autres mesures sont en discussion. Les forces armées américaines prévoient, avec des alliés de l’OTAN non spécifiés, de «  renforcer davantage la dissuasion crédible au combat vis-à-vis de la Russie  ».

Le Président Poutine réitère son avertissement d’avril à propos de l’extension de l’infrastructure militaire de l’OTAN en Ukraine (déploiement éventuel d’un système de défense anti-missile Aegis Ashore, comme celui déjà installé en Roumanie et qui devrait devenir opérationnel en Pologne en 2022). Ces systèmes pourraient atteindre Moscou en quelques minutes. Les ministres se félicitent d’avoir trouvé un «  langage commun  » concernant les mouvements de troupes russes [15].

La Russie déploie à nouveau des troupes à proximité de l’Ukraine.

— Décembre 2021  : Les États-Unis et la Russie s’entretiennent au sujet des tensions à la frontière ukrainienne. La Russie demande des garanties écrites sur la non-extension de l’OTAN à l’est du pays, au nom de la sécurité collective en Europe. Rien n’est concédé du côté de l’OTAN. De son côté, l’Ukraine demande à l’OTAN un «  paquet de dissuasion  » contre la Russie.

— Janvier 2022  : Alors que 100 000 soldats russes se trouvent toujours aux frontières de l’Ukraine, un sommet présidentiel russo-américain se tient à Genève. Il s’ensuit une réunion entre l’OTAN et la Russie ainsi que des discussions dans le cadre de l’OSCE. Ces rencontres ne donnent lieu à aucune solution, ni à la moindre concession pour la sécurité de la Russie sur son flanc occidental. Les États-Unis proposent une nouvelle aide militaire de 200 millions de dollars à l’Ukraine.

— 31 janvier 2022  : Le secrétaire ukrainien du Conseil de sécurité Nationale et de Défense déclare ne pas vouloir respecter les Accords de Minsk «  signés sous la menace des Russes sous le regard des Allemands et des Français  » et qui signifierait «  la destruction du pays.  »

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— Février 2022  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Moscou. Joe Biden s’entretient avec lui à travers un appel diplomatique. La Russie pointe du doigt une «  hystérie américaine  », elle est aussitôt menacée par la Maison Blanche de «  répercussions sévères et rapides  ».

— 16 février 2022  : Les forces russes déployées aux frontières ukrainiennes se retirent, mais les “occidentaux” (principalement les États-Unis), indiquent l’imminence d’une opération militaire.

— 21 février 2022  : Vladimir Poutine reconnaît l’indépendance des régions de Donetsk et Louhansk, à l’Est de l’Ukraine. La mission de l’armée russe est posée par lui comme nécessité pour y maintenir la paix.

— 24 février 2022, huit ans après le soulèvement de l’Euromaïdan, les troupes russes investissent l’Ukraine.
Nul doute que la population française dans sa très grande majorité souhaiterait que la guerre prenne fin en Ukraine, qu’elle n’ait jamais commencé, que “Poutine” ne se soit jamais rendu coupable d’un tel forfait, que le monde, ou du moins notre pays, ne se retrouve pas, pour reprendre une expression du Président de la République, «  face au retour du tragique de l’histoire  ». En n’ignorant pas que ce “tragique”, certes un peu plus loin de nous depuis quelques décennies, n’a jamais cessé de hanter le monde. En n’ignorant pas non plus que le “monde libre” auquel nous appartenons n’a pas manqué d’y jouer sa part, d’y affirmer sa loi, lui seul étant autorisé à définir et enfreindre le droit international [16].

 

 

Notes    (↵ Retourner au texte)

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    — 1991, Dissolution de l’URSS. Les USA s’engagent verbalement vis-à-vis de Gorbatchev à ne jamais étendre l’OTAN vers l’Est. Ces engagements aujourd’hui contestés furent confirmés par la suite par de nombreux dirigeants du monde occidental {{7}}.

    — 1991  : Traité de Minsk (à ne pas confondre avec les négociations de Minsk de 2014-2015). Ce traité entérine la dissolution de l’URSS, et donne naissance à la CEI (Russie, Ukraine, Biélorussie). Par la suite, huit anciennes républiques de l’ensemble soviétique y adhèrent, sans les Pays Baltes et la Géorgie qui refusent l’adhésion.

    — Dès 1992, des relations se nouent entre l’Ukraine et l’OTAN. L’Ukraine engage un plan d’action pour l’adhésion, interrompu après l’élection présidentielle de 2010. Viktor Ianoukovitch est élu avec un programme qui prône une Ukraine «  neutre  ».

    — 1994  : Mémorandum de Budapest (Russie, USA, GB) selon laquelle l’intégrité territoriale de l’Ukraine doit être respectée {{8}}.

    — 1999  : Adhésion à l’OTAN de la Pologne, la Hongrie, la République tchèque.

    — 2004  : Adhésion à l’OTAN de la Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie
    En dépit de ces adhésions ou propositions d’adhésions, la Russie ne passe pas à l’attaque, se contentant de réagir, jusqu’à l’élargissement de l’OTAN en 2007.

    — 2008  : La donne change. L’OTAN donne son aval à une proposition d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. La France et Allemagne s’y opposent.

    — 2013-2014  : L’Ukraine est plus que jamais partagée entre le projet d’intégration économique à l’Union européenne et la proposition d’union douanière russe.

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    “Soulèvement de l’Euromaïdan ” (18-23 février 2014)

    L’enjeu de ce soulèvement peut être mis en relation avec une décision du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, celui-ci refuse de signer l’accord d’association proposé par l’Union européenne. En réaction à ce refus, des manifestations en faveur de la signature se constituent. Elles vont regrouper à Kiev 100 000 personnes sur la Place Maïdan. Les manifestants favorables à l’accord d’association exigent la démission du président. Ce dernier confirme son choix en faveur de la proposition d’union douanière avec la Russie {{9}}.

    S’agissant des causes immédiates, le soulèvement, non exempt d’ingérences étrangères, se déclenche à la suite d’incidents entre police et manifestants, le Président élu, Viktor Ianoukovytch, ayant donné l’ordre d’évacuer la Place Maïdan. Les policiers essaient de reprendre le contrôle de la place, sans y parvenir. Poussé à la démission, Ianoukovytch refuse et parle de « coup d’État ». Il annonce l’organisation d’élections anticipées ainsi qu’un retour à la Constitution de 2004 {{10}}. Des négociations de sortie de crise sont entamées avec l’opposition et les ministres des affaires étrangères allemand, polonais et français. Sous la menace des manifestants Ianoukovitch finit par s’enfuir tandis que la Rada (Parlement ukrainien) le destitue par les voix de 328 députés sur 450 [en violation avec l’article 111 de la Constitution — 338 votes étaient nécessaires ainsi que l’avis du Conseil constitutionnel {{11}}].

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    Les conséquences de la “révolution”  : Guerre civile, Division de l’Ukraine

    — À Kiev, les affrontements entre pro-Maïdan et anti-Maïdan tournent au profit des premiers. Les pro-Maïdan sont toutefois minoritaires dans plusieurs régions du Sud-Est  : Donetsk, Loughansk, Kharkiv. Une partie de l’Est du pays et quelques députés ne reconnaissent pas les nouvelles institutions. L’abolition de la loi sur les langues régionales, votée par la Rada, qui interdit l’usage de la langue russe, met le feu aux poudres. Des brigades d’auto-défense sont créées, notamment à Sébastopol, où un nouveau maire (pro-russe) est élu à main levée pour «  le retour à la stabilité  ».

    — Début mars, la république autonome de Crimée est de facto détachée de Kiev. Les députés de Crimée votent l’organisation d’un référendum d’autonomie, la population se prononce à 96,6% en faveur d’un rattachement à la Russie. Le 18 mars, un traité entérine ce rattachement, les pays occidentaux s’opposent à ces actes, qualifiés d’annexion. L’Union Européenne vote des sanctions économiques contre la Russie.

    — Au cours du mois d’avril, de violents affrontements éclatent dans la région du Dombass, entre les loyalistes et les séparatistes, secrètement soutenus et armés par la Russie. Ces forces prennent d’assaut plusieurs villes dans la région de Donetsk et de Louhansk et proclament l’indépendance des deux régions. Des référendums d’auto-détermination sont organisés le 11 mai 2014 et valident ce choix. La guerre entre ces deux parties de l’Ukraine ne cesse pas jusqu’au déclenchement de l’intervention russe de 2022. Les populations du Donetsk et de Louhansk sont assiégées durant toute cette période. On compte des milliers de morts (14 000) au cours des sept années de siège {{12}}.

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    — Mai 2014. Petro Porochenko est élu Président de la République. Il est partisan de l’adhésion à l’OTAN et à l’Union Européenne.

    — 2 mai 2014  : à la suite d’affrontements entre “pro-Maïdan” et “anti-Maïdan“ (ou “pro-russes”), ces derniers retranchés dans la Maison des syndicats sont assiégés par des milices du «  Pravy Sektor  » qui mettent le feu au bâtiment (de 40 à 50 morts brûlés, asphyxiés, précipités par les fenêtres). Les médias français sont discrets. Aucune enquête des autorités {{13}}.

    — Septembre 2014  : Un cessez-le-feu entre les deux parties ukrainiennes est signé à Minsk.

    — Octobre 2014  : Élections législatives. Le nouveau gouvernement fait de l’adhésion à l’OTAN une priorité.

    — Septembre 2014 et février 2015 / Négociations de Minsk  : Les détails de l’accord s’inspirent du plan de paix en 15 points proposé par le président ukrainien Petro Porochenko. Signataires du document  : l’envoyée spéciale de l’OSCE, Heidi Tagliavini, l’ancien président de l’Ukraine, Leonid Koutchma, l’ambassadeur russe en Ukraine, Mikhaïl Zourabov, les dirigeants des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk {{14}}.
    [Des violations de ces accords se révéleront fréquentes après leur signature en septembre 2014 et février 2015].

    — Décembre 2014. Le Parlement ukrainien renonce au statut de neutralité de l’Ukraine. La Rada ukrainienne (sans les séparatistes) vote en faveur d’une adhésion à l’OTAN.

    — Janvier 2015  : Le 24, les “séparatistes” bombardent la ville de Marioupol, située sur la mer d’Azov entre la frontière russe et la Crimée, causant le mort d’une trentaine de civils.

    — Février 2015  : De nouvelles négociations ont lieu entre la Russie et l’Ukraine, auxquelles participent l’Allemagne et la France. Angela Merkel et François Hollande se rendent à Kiev puis à Moscou afin de proposer à Petro Porochenko et à Vladimir Poutine un plan de règlement du conflit, mais celui-ci se poursuit. La Russie annonce un nouveau cessez-le-feu.

    — Décembre 2017  : Les États-Unis fournissent des armes dites «  défensives  » à l’Ukraine.

    — Août 2018  : Le “séparatiste” Alexandre Zakhartchenko est assassiné à Donetsk.

    — Novembre 2018  : Trois navires de la Marine ukrainienne sont arraisonnés par les forces russes sous le pont de Crimée, 24 membres d’équipage sont arrêtés. Le lendemain, le président Porochenko décrète la loi martiale pour trente jours dans les régions russophones de l’Est du pays.

    — Février 2019  : Le préambule de la Constitution de l’Ukraine est modifié en vue de lui permettre de rejoindre l’OTAN et l’Union européenne.

    — Mai 2019  : Volodymyr Zelensky est élu président de l’Ukraine face à son prédécesseur Petro Porochenko. Il annonce aussitôt la dissolution du Parlement.

    — Août 2019  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Brégançon. Il déclare vouloir réinventer «  une architecture de confiance et de sécurité en Europe  », incluant la Russie.

    — Septembre 2019  : Les 24 marins ukrainiens ainsi que dix autres citoyens sont libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers.

    — Octobre 2019  : Des représentants ukrainiens et russes se réunissent à Minsk sous la protection de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Ils s’accordent à organiser des élections dans les régions séparatistes du Donbass afin de leur octroyer un statut spécial. Des milliers de manifestants manifestent en Ukraine, ils y voient une capitulation face à la Russie.

    — Décembre 2019  : Les dirigeants russe, ukrainien, français et allemand se rencontrent. Ils discutent de l’accord visant à réguler le transit du gaz russe en Ukraine vers l’Europe (accord conclu en 2009 et arrivant à terme le 31 décembre 2019). La Russie et l’Ukraine concluent un nouvel accord de cinq ans.

    — Juin 2020  : L’Ukraine rejoint le programme d’interopérabilité renforcée et de coopération des partenaires de l’OTAN qui reconnaît l’Ukraine comme partenaire.

    ——————-

    Dans sa bienveillance démocratique, le “monde libre” résiste à toute escalade

    — Avril 2021  : Poutine rappelle que Moscou sera contraint de réagir si l’OTAN franchit les “lignes rouges” («  nouvelle expansion vers l’Est  »). Il insiste sur la nécessité de «  garanties de sécurité  » pour mettre fin à l’escalade. Dans le même temps, la Russie mobilise 100 000 hommes et plus à la frontière de l’Ukraine.

    — Juin 2021  : Au Sommet de l’OTAN à Bruxelles, est réitérée la décision du Sommet de Bucarest selon laquelle l’Ukraine doit devenir membre de l’OTAN. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stolenbreg souligne que la Russie ne pourra pas y opposer son veto. Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine se rencontrent à Genève et discutent de questions stratégiques.
    L’OTAN et les forces de l’Ukraine organisent des exercices communs en Mer noire (Sea Breeze 2021).

    — Septembre 2021— A l’occasion de la préparation d’exercices communs prévus pour 2022 (Defender 22), se tient une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN afin d’établir un Master Plan visant à renforcer leurs alliances militaires contre la Russie (repositionnement du front occidental). Le Site German-Foreign-Policy titre  : «  Un front plus uni contre la Russie  » (UE, USA, OTAN).

    — Octobre 2021  : En coopération avec les 32 pays de l’OTAN, la Bundeswehr met en œuvre des cartes détaillées de la Russie, en «  format militaire  ». Le Conseil allemand de politique étrangère (DGAP) appelle à de nouveaux investissements pour défendre les capacités militaires au sein de l’UE et de l’OTAN, mais aussi pour «  promouvoir un “Change in Russia”  »  : «  Le changement en Russie est la priorité  » (ceci en relation avec la promotion de contacts avec la diaspora russe).

    — Novembre 2021  : Réunion à Riga des ministres des affaires étrangères de l’OTAN qui accentuent leur pression sur Moscou. Ils revendiquent le pouvoir d’interdire à la Russie de déployer des troupes sur des zones de son propre territoire (ce qu’ils ne s’interdisent pas eux-mêmes). Plusieurs autres mesures sont en discussion. Les forces armées américaines prévoient, avec des alliés de l’OTAN non spécifiés, de «  renforcer davantage la dissuasion crédible au combat vis-à-vis de la Russie  ».

    Le Président Poutine réitère son avertissement d’avril à propos de l’extension de l’infrastructure militaire de l’OTAN en Ukraine (déploiement éventuel d’un système de défense anti-missile Aegis Ashore, comme celui déjà installé en Roumanie et qui devrait devenir opérationnel en Pologne en 2022). Ces systèmes pourraient atteindre Moscou en quelques minutes. Les ministres se félicitent d’avoir trouvé un «  langage commun  » concernant les mouvements de troupes russes {{15}}.

    La Russie déploie à nouveau des troupes à proximité de l’Ukraine.

    — Décembre 2021  : Les États-Unis et la Russie s’entretiennent au sujet des tensions à la frontière ukrainienne. La Russie demande des garanties écrites sur la non-extension de l’OTAN à l’est du pays, au nom de la sécurité collective en Europe. Rien n’est concédé du côté de l’OTAN. De son côté, l’Ukraine demande à l’OTAN un «  paquet de dissuasion  » contre la Russie.

    — Janvier 2022  : Alors que 100 000 soldats russes se trouvent toujours aux frontières de l’Ukraine, un sommet présidentiel russo-américain se tient à Genève. Il s’ensuit une réunion entre l’OTAN et la Russie ainsi que des discussions dans le cadre de l’OSCE. Ces rencontres ne donnent lieu à aucune solution, ni à la moindre concession pour la sécurité de la Russie sur son flanc occidental. Les États-Unis proposent une nouvelle aide militaire de 200 millions de dollars à l’Ukraine.

    — 31 janvier 2022  : Le secrétaire ukrainien du Conseil de sécurité Nationale et de Défense déclare ne pas vouloir respecter les Accords de Minsk «  signés sous la menace des Russes sous le regard des Allemands et des Français  » et qui signifierait «  la destruction du pays.  »

    ——————-

     

    — Février 2022  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Moscou. Joe Biden s’entretient avec lui à travers un appel diplomatique. La Russie pointe du doigt une «  hystérie américaine  », elle est aussitôt menacée par la Maison Blanche de «  répercussions sévères et rapides  ».

    — 16 février 2022  : Les forces russes déployées aux frontières ukrainiennes se retirent, mais les “occidentaux” (principalement les États-Unis), indiquent l’imminence d’une opération militaire.

    — 21 février 2022  : Vladimir Poutine reconnaît l’indépendance des régions de Donetsk et Louhansk, à l’Est de l’Ukraine. La mission de l’armée russe est posée par lui comme nécessité pour y maintenir la paix.

    — 24 février 2022, huit ans après le soulèvement de l’Euromaïdan, les troupes russes investissent l’Ukraine.
    Nul doute que la population française dans sa très grande majorité souhaiterait que la guerre prenne fin en Ukraine, qu’elle n’ait jamais commencé, que “Poutine” ne se soit jamais rendu coupable d’un tel forfait, que le monde, ou du moins notre pays, ne se retrouve pas, pour reprendre une expression du Président de la République, «  face au retour du tragique de l’histoire  ». En n’ignorant pas que ce “tragique”, certes un peu plus loin de nous depuis quelques décennies, n’a jamais cessé de hanter le monde. En n’ignorant pas non plus que le “monde libre” auquel nous appartenons n’a pas manqué d’y jouer sa part, d’y affirmer sa loi, lui seul étant autorisé à définir et enfreindre le droit international {{16}}.

     

     

    — 1991, Dissolution de l’URSS. Les USA s’engagent verbalement vis-à-vis de Gorbatchev à ne jamais étendre l’OTAN vers l’Est. Ces engagements aujourd’hui contestés furent confirmés par la suite par de nombreux dirigeants du monde occidental [7].

    — 1991  : Traité de Minsk (à ne pas confondre avec les négociations de Minsk de 2014-2015). Ce traité entérine la dissolution de l’URSS, et donne naissance à la CEI (Russie, Ukraine, Biélorussie). Par la suite, huit anciennes républiques de l’ensemble soviétique y adhèrent, sans les Pays Baltes et la Géorgie qui refusent l’adhésion.

    — Dès 1992, des relations se nouent entre l’Ukraine et l’OTAN. L’Ukraine engage un plan d’action pour l’adhésion, interrompu après l’élection présidentielle de 2010. Viktor Ianoukovitch est élu avec un programme qui prône une Ukraine «  neutre  ».

    — 1994  : Mémorandum de Budapest (Russie, USA, GB) selon laquelle l’intégrité territoriale de l’Ukraine doit être respectée {{8}}.

    — 1999  : Adhésion à l’OTAN de la Pologne, la Hongrie, la République tchèque.

    — 2004  : Adhésion à l’OTAN de la Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie
    En dépit de ces adhésions ou propositions d’adhésions, la Russie ne passe pas à l’attaque, se contentant de réagir, jusqu’à l’élargissement de l’OTAN en 2007.

    — 2008  : La donne change. L’OTAN donne son aval à une proposition d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. La France et Allemagne s’y opposent.

    — 2013-2014  : L’Ukraine est plus que jamais partagée entre le projet d’intégration économique à l’Union européenne et la proposition d’union douanière russe.

    ——————-

    “Soulèvement de l’Euromaïdan ” (18-23 février 2014)

    L’enjeu de ce soulèvement peut être mis en relation avec une décision du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, celui-ci refuse de signer l’accord d’association proposé par l’Union européenne. En réaction à ce refus, des manifestations en faveur de la signature se constituent. Elles vont regrouper à Kiev 100 000 personnes sur la Place Maïdan. Les manifestants favorables à l’accord d’association exigent la démission du président. Ce dernier confirme son choix en faveur de la proposition d’union douanière avec la Russie {{9}}.

    S’agissant des causes immédiates, le soulèvement, non exempt d’ingérences étrangères, se déclenche à la suite d’incidents entre police et manifestants, le Président élu, Viktor Ianoukovytch, ayant donné l’ordre d’évacuer la Place Maïdan. Les policiers essaient de reprendre le contrôle de la place, sans y parvenir. Poussé à la démission, Ianoukovytch refuse et parle de « coup d’État ». Il annonce l’organisation d’élections anticipées ainsi qu’un retour à la Constitution de 2004 {{10}}. Des négociations de sortie de crise sont entamées avec l’opposition et les ministres des affaires étrangères allemand, polonais et français. Sous la menace des manifestants Ianoukovitch finit par s’enfuir tandis que la Rada (Parlement ukrainien) le destitue par les voix de 328 députés sur 450 [en violation avec l’article 111 de la Constitution — 338 votes étaient nécessaires ainsi que l’avis du Conseil constitutionnel {{11}}].

    ——————-

    Les conséquences de la “révolution”  : Guerre civile, Division de l’Ukraine

    — À Kiev, les affrontements entre pro-Maïdan et anti-Maïdan tournent au profit des premiers. Les pro-Maïdan sont toutefois minoritaires dans plusieurs régions du Sud-Est  : Donetsk, Loughansk, Kharkiv. Une partie de l’Est du pays et quelques députés ne reconnaissent pas les nouvelles institutions. L’abolition de la loi sur les langues régionales, votée par la Rada, qui interdit l’usage de la langue russe, met le feu aux poudres. Des brigades d’auto-défense sont créées, notamment à Sébastopol, où un nouveau maire (pro-russe) est élu à main levée pour «  le retour à la stabilité  ».

    — Début mars, la république autonome de Crimée est de facto détachée de Kiev. Les députés de Crimée votent l’organisation d’un référendum d’autonomie, la population se prononce à 96,6% en faveur d’un rattachement à la Russie. Le 18 mars, un traité entérine ce rattachement, les pays occidentaux s’opposent à ces actes, qualifiés d’annexion. L’Union Européenne vote des sanctions économiques contre la Russie.

    — Au cours du mois d’avril, de violents affrontements éclatent dans la région du Dombass, entre les loyalistes et les séparatistes, secrètement soutenus et armés par la Russie. Ces forces prennent d’assaut plusieurs villes dans la région de Donetsk et de Louhansk et proclament l’indépendance des deux régions. Des référendums d’auto-détermination sont organisés le 11 mai 2014 et valident ce choix. La guerre entre ces deux parties de l’Ukraine ne cesse pas jusqu’au déclenchement de l’intervention russe de 2022. Les populations du Donetsk et de Louhansk sont assiégées durant toute cette période. On compte des milliers de morts (14 000) au cours des sept années de siège {{12}}.

    ——————-

    — Mai 2014. Petro Porochenko est élu Président de la République. Il est partisan de l’adhésion à l’OTAN et à l’Union Européenne.

    — 2 mai 2014  : à la suite d’affrontements entre “pro-Maïdan” et “anti-Maïdan“ (ou “pro-russes”), ces derniers retranchés dans la Maison des syndicats sont assiégés par des milices du «  Pravy Sektor  » qui mettent le feu au bâtiment (de 40 à 50 morts brûlés, asphyxiés, précipités par les fenêtres). Les médias français sont discrets. Aucune enquête des autorités {{13}}.

    — Septembre 2014  : Un cessez-le-feu entre les deux parties ukrainiennes est signé à Minsk.

    — Octobre 2014  : Élections législatives. Le nouveau gouvernement fait de l’adhésion à l’OTAN une priorité.

    — Septembre 2014 et février 2015 / Négociations de Minsk  : Les détails de l’accord s’inspirent du plan de paix en 15 points proposé par le président ukrainien Petro Porochenko. Signataires du document  : l’envoyée spéciale de l’OSCE, Heidi Tagliavini, l’ancien président de l’Ukraine, Leonid Koutchma, l’ambassadeur russe en Ukraine, Mikhaïl Zourabov, les dirigeants des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk {{14}}.
    [Des violations de ces accords se révéleront fréquentes après leur signature en septembre 2014 et février 2015].

    — Décembre 2014. Le Parlement ukrainien renonce au statut de neutralité de l’Ukraine. La Rada ukrainienne (sans les séparatistes) vote en faveur d’une adhésion à l’OTAN.

    — Janvier 2015  : Le 24, les “séparatistes” bombardent la ville de Marioupol, située sur la mer d’Azov entre la frontière russe et la Crimée, causant le mort d’une trentaine de civils.

    — Février 2015  : De nouvelles négociations ont lieu entre la Russie et l’Ukraine, auxquelles participent l’Allemagne et la France. Angela Merkel et François Hollande se rendent à Kiev puis à Moscou afin de proposer à Petro Porochenko et à Vladimir Poutine un plan de règlement du conflit, mais celui-ci se poursuit. La Russie annonce un nouveau cessez-le-feu.

    — Décembre 2017  : Les États-Unis fournissent des armes dites «  défensives  » à l’Ukraine.

    — Août 2018  : Le “séparatiste” Alexandre Zakhartchenko est assassiné à Donetsk.

    — Novembre 2018  : Trois navires de la Marine ukrainienne sont arraisonnés par les forces russes sous le pont de Crimée, 24 membres d’équipage sont arrêtés. Le lendemain, le président Porochenko décrète la loi martiale pour trente jours dans les régions russophones de l’Est du pays.

    — Février 2019  : Le préambule de la Constitution de l’Ukraine est modifié en vue de lui permettre de rejoindre l’OTAN et l’Union européenne.

    — Mai 2019  : Volodymyr Zelensky est élu président de l’Ukraine face à son prédécesseur Petro Porochenko. Il annonce aussitôt la dissolution du Parlement.

    — Août 2019  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Brégançon. Il déclare vouloir réinventer «  une architecture de confiance et de sécurité en Europe  », incluant la Russie.

    — Septembre 2019  : Les 24 marins ukrainiens ainsi que dix autres citoyens sont libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers.

    — Octobre 2019  : Des représentants ukrainiens et russes se réunissent à Minsk sous la protection de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Ils s’accordent à organiser des élections dans les régions séparatistes du Donbass afin de leur octroyer un statut spécial. Des milliers de manifestants manifestent en Ukraine, ils y voient une capitulation face à la Russie.

    — Décembre 2019  : Les dirigeants russe, ukrainien, français et allemand se rencontrent. Ils discutent de l’accord visant à réguler le transit du gaz russe en Ukraine vers l’Europe (accord conclu en 2009 et arrivant à terme le 31 décembre 2019). La Russie et l’Ukraine concluent un nouvel accord de cinq ans.

    — Juin 2020  : L’Ukraine rejoint le programme d’interopérabilité renforcée et de coopération des partenaires de l’OTAN qui reconnaît l’Ukraine comme partenaire.

    ——————-

    Dans sa bienveillance démocratique, le “monde libre” résiste à toute escalade

    — Avril 2021  : Poutine rappelle que Moscou sera contraint de réagir si l’OTAN franchit les “lignes rouges” («  nouvelle expansion vers l’Est  »). Il insiste sur la nécessité de «  garanties de sécurité  » pour mettre fin à l’escalade. Dans le même temps, la Russie mobilise 100 000 hommes et plus à la frontière de l’Ukraine.

    — Juin 2021  : Au Sommet de l’OTAN à Bruxelles, est réitérée la décision du Sommet de Bucarest selon laquelle l’Ukraine doit devenir membre de l’OTAN. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stolenbreg souligne que la Russie ne pourra pas y opposer son veto. Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine se rencontrent à Genève et discutent de questions stratégiques.
    L’OTAN et les forces de l’Ukraine organisent des exercices communs en Mer noire (Sea Breeze 2021).

    — Septembre 2021— A l’occasion de la préparation d’exercices communs prévus pour 2022 (Defender 22), se tient une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN afin d’établir un Master Plan visant à renforcer leurs alliances militaires contre la Russie (repositionnement du front occidental). Le Site German-Foreign-Policy titre  : «  Un front plus uni contre la Russie  » (UE, USA, OTAN).

    — Octobre 2021  : En coopération avec les 32 pays de l’OTAN, la Bundeswehr met en œuvre des cartes détaillées de la Russie, en «  format militaire  ». Le Conseil allemand de politique étrangère (DGAP) appelle à de nouveaux investissements pour défendre les capacités militaires au sein de l’UE et de l’OTAN, mais aussi pour «  promouvoir un “Change in Russia”  »  : «  Le changement en Russie est la priorité  » (ceci en relation avec la promotion de contacts avec la diaspora russe).

    — Novembre 2021  : Réunion à Riga des ministres des affaires étrangères de l’OTAN qui accentuent leur pression sur Moscou. Ils revendiquent le pouvoir d’interdire à la Russie de déployer des troupes sur des zones de son propre territoire (ce qu’ils ne s’interdisent pas eux-mêmes). Plusieurs autres mesures sont en discussion. Les forces armées américaines prévoient, avec des alliés de l’OTAN non spécifiés, de «  renforcer davantage la dissuasion crédible au combat vis-à-vis de la Russie  ».

    Le Président Poutine réitère son avertissement d’avril à propos de l’extension de l’infrastructure militaire de l’OTAN en Ukraine (déploiement éventuel d’un système de défense anti-missile Aegis Ashore, comme celui déjà installé en Roumanie et qui devrait devenir opérationnel en Pologne en 2022). Ces systèmes pourraient atteindre Moscou en quelques minutes. Les ministres se félicitent d’avoir trouvé un «  langage commun  » concernant les mouvements de troupes russes {{15}}.

    La Russie déploie à nouveau des troupes à proximité de l’Ukraine.

    — Décembre 2021  : Les États-Unis et la Russie s’entretiennent au sujet des tensions à la frontière ukrainienne. La Russie demande des garanties écrites sur la non-extension de l’OTAN à l’est du pays, au nom de la sécurité collective en Europe. Rien n’est concédé du côté de l’OTAN. De son côté, l’Ukraine demande à l’OTAN un «  paquet de dissuasion  » contre la Russie.

    — Janvier 2022  : Alors que 100 000 soldats russes se trouvent toujours aux frontières de l’Ukraine, un sommet présidentiel russo-américain se tient à Genève. Il s’ensuit une réunion entre l’OTAN et la Russie ainsi que des discussions dans le cadre de l’OSCE. Ces rencontres ne donnent lieu à aucune solution, ni à la moindre concession pour la sécurité de la Russie sur son flanc occidental. Les États-Unis proposent une nouvelle aide militaire de 200 millions de dollars à l’Ukraine.

    — 31 janvier 2022  : Le secrétaire ukrainien du Conseil de sécurité Nationale et de Défense déclare ne pas vouloir respecter les Accords de Minsk «  signés sous la menace des Russes sous le regard des Allemands et des Français  » et qui signifierait «  la destruction du pays.  »

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    — Février 2022  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Moscou. Joe Biden s’entretient avec lui à travers un appel diplomatique. La Russie pointe du doigt une «  hystérie américaine  », elle est aussitôt menacée par la Maison Blanche de «  répercussions sévères et rapides  ».

    — 16 février 2022  : Les forces russes déployées aux frontières ukrainiennes se retirent, mais les “occidentaux” (principalement les États-Unis), indiquent l’imminence d’une opération militaire.

    — 21 février 2022  : Vladimir Poutine reconnaît l’indépendance des régions de Donetsk et Louhansk, à l’Est de l’Ukraine. La mission de l’armée russe est posée par lui comme nécessité pour y maintenir la paix.

    — 24 février 2022, huit ans après le soulèvement de l’Euromaïdan, les troupes russes investissent l’Ukraine.
    Nul doute que la population française dans sa très grande majorité souhaiterait que la guerre prenne fin en Ukraine, qu’elle n’ait jamais commencé, que “Poutine” ne se soit jamais rendu coupable d’un tel forfait, que le monde, ou du moins notre pays, ne se retrouve pas, pour reprendre une expression du Président de la République, «  face au retour du tragique de l’histoire  ». En n’ignorant pas que ce “tragique”, certes un peu plus loin de nous depuis quelques décennies, n’a jamais cessé de hanter le monde. En n’ignorant pas non plus que le “monde libre” auquel nous appartenons n’a pas manqué d’y jouer sa part, d’y affirmer sa loi, lui seul étant autorisé à définir et enfreindre le droit international {{16}}.

     

     

    — 1991, Dissolution de l’URSS. Les USA s’engagent verbalement vis-à-vis de Gorbatchev à ne jamais étendre l’OTAN vers l’Est. Ces engagements aujourd’hui contestés furent confirmés par la suite par de nombreux dirigeants du monde occidental [7].

    — 1991  : Traité de Minsk (à ne pas confondre avec les négociations de Minsk de 2014-2015). Ce traité entérine la dissolution de l’URSS, et donne naissance à la CEI (Russie, Ukraine, Biélorussie). Par la suite, huit anciennes républiques de l’ensemble soviétique y adhèrent, sans les Pays Baltes et la Géorgie qui refusent l’adhésion.

    — Dès 1992, des relations se nouent entre l’Ukraine et l’OTAN. L’Ukraine engage un plan d’action pour l’adhésion, interrompu après l’élection présidentielle de 2010. Viktor Ianoukovitch est élu avec un programme qui prône une Ukraine «  neutre  ».

    — 1994  : Mémorandum de Budapest (Russie, USA, GB) selon laquelle l’intégrité territoriale de l’Ukraine doit être respectée [8].

    — 1999  : Adhésion à l’OTAN de la Pologne, la Hongrie, la République tchèque.

    — 2004  : Adhésion à l’OTAN de la Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie
    En dépit de ces adhésions ou propositions d’adhésions, la Russie ne passe pas à l’attaque, se contentant de réagir, jusqu’à l’élargissement de l’OTAN en 2007.

    — 2008  : La donne change. L’OTAN donne son aval à une proposition d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. La France et Allemagne s’y opposent.

    — 2013-2014  : L’Ukraine est plus que jamais partagée entre le projet d’intégration économique à l’Union européenne et la proposition d’union douanière russe.

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    “Soulèvement de l’Euromaïdan ” (18-23 février 2014)

    L’enjeu de ce soulèvement peut être mis en relation avec une décision du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, celui-ci refuse de signer l’accord d’association proposé par l’Union européenne. En réaction à ce refus, des manifestations en faveur de la signature se constituent. Elles vont regrouper à Kiev 100 000 personnes sur la Place Maïdan. Les manifestants favorables à l’accord d’association exigent la démission du président. Ce dernier confirme son choix en faveur de la proposition d’union douanière avec la Russie {{9}}.

    S’agissant des causes immédiates, le soulèvement, non exempt d’ingérences étrangères, se déclenche à la suite d’incidents entre police et manifestants, le Président élu, Viktor Ianoukovytch, ayant donné l’ordre d’évacuer la Place Maïdan. Les policiers essaient de reprendre le contrôle de la place, sans y parvenir. Poussé à la démission, Ianoukovytch refuse et parle de « coup d’État ». Il annonce l’organisation d’élections anticipées ainsi qu’un retour à la Constitution de 2004 {{10}}. Des négociations de sortie de crise sont entamées avec l’opposition et les ministres des affaires étrangères allemand, polonais et français. Sous la menace des manifestants Ianoukovitch finit par s’enfuir tandis que la Rada (Parlement ukrainien) le destitue par les voix de 328 députés sur 450 [en violation avec l’article 111 de la Constitution — 338 votes étaient nécessaires ainsi que l’avis du Conseil constitutionnel {{11}}].

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    Les conséquences de la “révolution”  : Guerre civile, Division de l’Ukraine

    — À Kiev, les affrontements entre pro-Maïdan et anti-Maïdan tournent au profit des premiers. Les pro-Maïdan sont toutefois minoritaires dans plusieurs régions du Sud-Est  : Donetsk, Loughansk, Kharkiv. Une partie de l’Est du pays et quelques députés ne reconnaissent pas les nouvelles institutions. L’abolition de la loi sur les langues régionales, votée par la Rada, qui interdit l’usage de la langue russe, met le feu aux poudres. Des brigades d’auto-défense sont créées, notamment à Sébastopol, où un nouveau maire (pro-russe) est élu à main levée pour «  le retour à la stabilité  ».

    — Début mars, la république autonome de Crimée est de facto détachée de Kiev. Les députés de Crimée votent l’organisation d’un référendum d’autonomie, la population se prononce à 96,6% en faveur d’un rattachement à la Russie. Le 18 mars, un traité entérine ce rattachement, les pays occidentaux s’opposent à ces actes, qualifiés d’annexion. L’Union Européenne vote des sanctions économiques contre la Russie.

    — Au cours du mois d’avril, de violents affrontements éclatent dans la région du Dombass, entre les loyalistes et les séparatistes, secrètement soutenus et armés par la Russie. Ces forces prennent d’assaut plusieurs villes dans la région de Donetsk et de Louhansk et proclament l’indépendance des deux régions. Des référendums d’auto-détermination sont organisés le 11 mai 2014 et valident ce choix. La guerre entre ces deux parties de l’Ukraine ne cesse pas jusqu’au déclenchement de l’intervention russe de 2022. Les populations du Donetsk et de Louhansk sont assiégées durant toute cette période. On compte des milliers de morts (14 000) au cours des sept années de siège {{12}}.

    ——————-

    — Mai 2014. Petro Porochenko est élu Président de la République. Il est partisan de l’adhésion à l’OTAN et à l’Union Européenne.

    — 2 mai 2014  : à la suite d’affrontements entre “pro-Maïdan” et “anti-Maïdan“ (ou “pro-russes”), ces derniers retranchés dans la Maison des syndicats sont assiégés par des milices du «  Pravy Sektor  » qui mettent le feu au bâtiment (de 40 à 50 morts brûlés, asphyxiés, précipités par les fenêtres). Les médias français sont discrets. Aucune enquête des autorités {{13}}.

    — Septembre 2014  : Un cessez-le-feu entre les deux parties ukrainiennes est signé à Minsk.

    — Octobre 2014  : Élections législatives. Le nouveau gouvernement fait de l’adhésion à l’OTAN une priorité.

    — Septembre 2014 et février 2015 / Négociations de Minsk  : Les détails de l’accord s’inspirent du plan de paix en 15 points proposé par le président ukrainien Petro Porochenko. Signataires du document  : l’envoyée spéciale de l’OSCE, Heidi Tagliavini, l’ancien président de l’Ukraine, Leonid Koutchma, l’ambassadeur russe en Ukraine, Mikhaïl Zourabov, les dirigeants des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk {{14}}.
    [Des violations de ces accords se révéleront fréquentes après leur signature en septembre 2014 et février 2015].

    — Décembre 2014. Le Parlement ukrainien renonce au statut de neutralité de l’Ukraine. La Rada ukrainienne (sans les séparatistes) vote en faveur d’une adhésion à l’OTAN.

    — Janvier 2015  : Le 24, les “séparatistes” bombardent la ville de Marioupol, située sur la mer d’Azov entre la frontière russe et la Crimée, causant le mort d’une trentaine de civils.

    — Février 2015  : De nouvelles négociations ont lieu entre la Russie et l’Ukraine, auxquelles participent l’Allemagne et la France. Angela Merkel et François Hollande se rendent à Kiev puis à Moscou afin de proposer à Petro Porochenko et à Vladimir Poutine un plan de règlement du conflit, mais celui-ci se poursuit. La Russie annonce un nouveau cessez-le-feu.

    — Décembre 2017  : Les États-Unis fournissent des armes dites «  défensives  » à l’Ukraine.

    — Août 2018  : Le “séparatiste” Alexandre Zakhartchenko est assassiné à Donetsk.

    — Novembre 2018  : Trois navires de la Marine ukrainienne sont arraisonnés par les forces russes sous le pont de Crimée, 24 membres d’équipage sont arrêtés. Le lendemain, le président Porochenko décrète la loi martiale pour trente jours dans les régions russophones de l’Est du pays.

    — Février 2019  : Le préambule de la Constitution de l’Ukraine est modifié en vue de lui permettre de rejoindre l’OTAN et l’Union européenne.

    — Mai 2019  : Volodymyr Zelensky est élu président de l’Ukraine face à son prédécesseur Petro Porochenko. Il annonce aussitôt la dissolution du Parlement.

    — Août 2019  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Brégançon. Il déclare vouloir réinventer «  une architecture de confiance et de sécurité en Europe  », incluant la Russie.

    — Septembre 2019  : Les 24 marins ukrainiens ainsi que dix autres citoyens sont libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers.

    — Octobre 2019  : Des représentants ukrainiens et russes se réunissent à Minsk sous la protection de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Ils s’accordent à organiser des élections dans les régions séparatistes du Donbass afin de leur octroyer un statut spécial. Des milliers de manifestants manifestent en Ukraine, ils y voient une capitulation face à la Russie.

    — Décembre 2019  : Les dirigeants russe, ukrainien, français et allemand se rencontrent. Ils discutent de l’accord visant à réguler le transit du gaz russe en Ukraine vers l’Europe (accord conclu en 2009 et arrivant à terme le 31 décembre 2019). La Russie et l’Ukraine concluent un nouvel accord de cinq ans.

    — Juin 2020  : L’Ukraine rejoint le programme d’interopérabilité renforcée et de coopération des partenaires de l’OTAN qui reconnaît l’Ukraine comme partenaire.

    ——————-

    Dans sa bienveillance démocratique, le “monde libre” résiste à toute escalade

    — Avril 2021  : Poutine rappelle que Moscou sera contraint de réagir si l’OTAN franchit les “lignes rouges” («  nouvelle expansion vers l’Est  »). Il insiste sur la nécessité de «  garanties de sécurité  » pour mettre fin à l’escalade. Dans le même temps, la Russie mobilise 100 000 hommes et plus à la frontière de l’Ukraine.

    — Juin 2021  : Au Sommet de l’OTAN à Bruxelles, est réitérée la décision du Sommet de Bucarest selon laquelle l’Ukraine doit devenir membre de l’OTAN. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stolenbreg souligne que la Russie ne pourra pas y opposer son veto. Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine se rencontrent à Genève et discutent de questions stratégiques.
    L’OTAN et les forces de l’Ukraine organisent des exercices communs en Mer noire (Sea Breeze 2021).

    — Septembre 2021— A l’occasion de la préparation d’exercices communs prévus pour 2022 (Defender 22), se tient une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN afin d’établir un Master Plan visant à renforcer leurs alliances militaires contre la Russie (repositionnement du front occidental). Le Site German-Foreign-Policy titre  : «  Un front plus uni contre la Russie  » (UE, USA, OTAN).

    — Octobre 2021  : En coopération avec les 32 pays de l’OTAN, la Bundeswehr met en œuvre des cartes détaillées de la Russie, en «  format militaire  ». Le Conseil allemand de politique étrangère (DGAP) appelle à de nouveaux investissements pour défendre les capacités militaires au sein de l’UE et de l’OTAN, mais aussi pour «  promouvoir un “Change in Russia”  »  : «  Le changement en Russie est la priorité  » (ceci en relation avec la promotion de contacts avec la diaspora russe).

    — Novembre 2021  : Réunion à Riga des ministres des affaires étrangères de l’OTAN qui accentuent leur pression sur Moscou. Ils revendiquent le pouvoir d’interdire à la Russie de déployer des troupes sur des zones de son propre territoire (ce qu’ils ne s’interdisent pas eux-mêmes). Plusieurs autres mesures sont en discussion. Les forces armées américaines prévoient, avec des alliés de l’OTAN non spécifiés, de «  renforcer davantage la dissuasion crédible au combat vis-à-vis de la Russie  ».

    Le Président Poutine réitère son avertissement d’avril à propos de l’extension de l’infrastructure militaire de l’OTAN en Ukraine (déploiement éventuel d’un système de défense anti-missile Aegis Ashore, comme celui déjà installé en Roumanie et qui devrait devenir opérationnel en Pologne en 2022). Ces systèmes pourraient atteindre Moscou en quelques minutes. Les ministres se félicitent d’avoir trouvé un «  langage commun  » concernant les mouvements de troupes russes {{15}}.

    La Russie déploie à nouveau des troupes à proximité de l’Ukraine.

    — Décembre 2021  : Les États-Unis et la Russie s’entretiennent au sujet des tensions à la frontière ukrainienne. La Russie demande des garanties écrites sur la non-extension de l’OTAN à l’est du pays, au nom de la sécurité collective en Europe. Rien n’est concédé du côté de l’OTAN. De son côté, l’Ukraine demande à l’OTAN un «  paquet de dissuasion  » contre la Russie.

    — Janvier 2022  : Alors que 100 000 soldats russes se trouvent toujours aux frontières de l’Ukraine, un sommet présidentiel russo-américain se tient à Genève. Il s’ensuit une réunion entre l’OTAN et la Russie ainsi que des discussions dans le cadre de l’OSCE. Ces rencontres ne donnent lieu à aucune solution, ni à la moindre concession pour la sécurité de la Russie sur son flanc occidental. Les États-Unis proposent une nouvelle aide militaire de 200 millions de dollars à l’Ukraine.

    — 31 janvier 2022  : Le secrétaire ukrainien du Conseil de sécurité Nationale et de Défense déclare ne pas vouloir respecter les Accords de Minsk «  signés sous la menace des Russes sous le regard des Allemands et des Français  » et qui signifierait «  la destruction du pays.  »

    ——————-

     

    — Février 2022  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Moscou. Joe Biden s’entretient avec lui à travers un appel diplomatique. La Russie pointe du doigt une «  hystérie américaine  », elle est aussitôt menacée par la Maison Blanche de «  répercussions sévères et rapides  ».

    — 16 février 2022  : Les forces russes déployées aux frontières ukrainiennes se retirent, mais les “occidentaux” (principalement les États-Unis), indiquent l’imminence d’une opération militaire.

    — 21 février 2022  : Vladimir Poutine reconnaît l’indépendance des régions de Donetsk et Louhansk, à l’Est de l’Ukraine. La mission de l’armée russe est posée par lui comme nécessité pour y maintenir la paix.

    — 24 février 2022, huit ans après le soulèvement de l’Euromaïdan, les troupes russes investissent l’Ukraine.
    Nul doute que la population française dans sa très grande majorité souhaiterait que la guerre prenne fin en Ukraine, qu’elle n’ait jamais commencé, que “Poutine” ne se soit jamais rendu coupable d’un tel forfait, que le monde, ou du moins notre pays, ne se retrouve pas, pour reprendre une expression du Président de la République, «  face au retour du tragique de l’histoire  ». En n’ignorant pas que ce “tragique”, certes un peu plus loin de nous depuis quelques décennies, n’a jamais cessé de hanter le monde. En n’ignorant pas non plus que le “monde libre” auquel nous appartenons n’a pas manqué d’y jouer sa part, d’y affirmer sa loi, lui seul étant autorisé à définir et enfreindre le droit international {{16}}.

     

     

    — 1991, Dissolution de l’URSS. Les USA s’engagent verbalement vis-à-vis de Gorbatchev à ne jamais étendre l’OTAN vers l’Est. Ces engagements aujourd’hui contestés furent confirmés par la suite par de nombreux dirigeants du monde occidental [7].

    — 1991  : Traité de Minsk (à ne pas confondre avec les négociations de Minsk de 2014-2015). Ce traité entérine la dissolution de l’URSS, et donne naissance à la CEI (Russie, Ukraine, Biélorussie). Par la suite, huit anciennes républiques de l’ensemble soviétique y adhèrent, sans les Pays Baltes et la Géorgie qui refusent l’adhésion.

    — Dès 1992, des relations se nouent entre l’Ukraine et l’OTAN. L’Ukraine engage un plan d’action pour l’adhésion, interrompu après l’élection présidentielle de 2010. Viktor Ianoukovitch est élu avec un programme qui prône une Ukraine «  neutre  ».

    — 1994  : Mémorandum de Budapest (Russie, USA, GB) selon laquelle l’intégrité territoriale de l’Ukraine doit être respectée [8].

    — 1999  : Adhésion à l’OTAN de la Pologne, la Hongrie, la République tchèque.

    — 2004  : Adhésion à l’OTAN de la Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie
    En dépit de ces adhésions ou propositions d’adhésions, la Russie ne passe pas à l’attaque, se contentant de réagir, jusqu’à l’élargissement de l’OTAN en 2007.

    — 2008  : La donne change. L’OTAN donne son aval à une proposition d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. La France et Allemagne s’y opposent.

    — 2013-2014  : L’Ukraine est plus que jamais partagée entre le projet d’intégration économique à l’Union européenne et la proposition d’union douanière russe.

    ——————-

    “Soulèvement de l’Euromaïdan ” (18-23 février 2014)

    L’enjeu de ce soulèvement peut être mis en relation avec une décision du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, celui-ci refuse de signer l’accord d’association proposé par l’Union européenne. En réaction à ce refus, des manifestations en faveur de la signature se constituent. Elles vont regrouper à Kiev 100 000 personnes sur la Place Maïdan. Les manifestants favorables à l’accord d’association exigent la démission du président. Ce dernier confirme son choix en faveur de la proposition d’union douanière avec la Russie [9].

    S’agissant des causes immédiates, le soulèvement, non exempt d’ingérences étrangères, se déclenche à la suite d’incidents entre police et manifestants, le Président élu, Viktor Ianoukovytch, ayant donné l’ordre d’évacuer la Place Maïdan. Les policiers essaient de reprendre le contrôle de la place, sans y parvenir. Poussé à la démission, Ianoukovytch refuse et parle de « coup d’État ». Il annonce l’organisation d’élections anticipées ainsi qu’un retour à la Constitution de 2004 {{10}}. Des négociations de sortie de crise sont entamées avec l’opposition et les ministres des affaires étrangères allemand, polonais et français. Sous la menace des manifestants Ianoukovitch finit par s’enfuir tandis que la Rada (Parlement ukrainien) le destitue par les voix de 328 députés sur 450 [en violation avec l’article 111 de la Constitution — 338 votes étaient nécessaires ainsi que l’avis du Conseil constitutionnel {{11}}].

    ——————-

    Les conséquences de la “révolution”  : Guerre civile, Division de l’Ukraine

    — À Kiev, les affrontements entre pro-Maïdan et anti-Maïdan tournent au profit des premiers. Les pro-Maïdan sont toutefois minoritaires dans plusieurs régions du Sud-Est  : Donetsk, Loughansk, Kharkiv. Une partie de l’Est du pays et quelques députés ne reconnaissent pas les nouvelles institutions. L’abolition de la loi sur les langues régionales, votée par la Rada, qui interdit l’usage de la langue russe, met le feu aux poudres. Des brigades d’auto-défense sont créées, notamment à Sébastopol, où un nouveau maire (pro-russe) est élu à main levée pour «  le retour à la stabilité  ».

    — Début mars, la république autonome de Crimée est de facto détachée de Kiev. Les députés de Crimée votent l’organisation d’un référendum d’autonomie, la population se prononce à 96,6% en faveur d’un rattachement à la Russie. Le 18 mars, un traité entérine ce rattachement, les pays occidentaux s’opposent à ces actes, qualifiés d’annexion. L’Union Européenne vote des sanctions économiques contre la Russie.

    — Au cours du mois d’avril, de violents affrontements éclatent dans la région du Dombass, entre les loyalistes et les séparatistes, secrètement soutenus et armés par la Russie. Ces forces prennent d’assaut plusieurs villes dans la région de Donetsk et de Louhansk et proclament l’indépendance des deux régions. Des référendums d’auto-détermination sont organisés le 11 mai 2014 et valident ce choix. La guerre entre ces deux parties de l’Ukraine ne cesse pas jusqu’au déclenchement de l’intervention russe de 2022. Les populations du Donetsk et de Louhansk sont assiégées durant toute cette période. On compte des milliers de morts (14 000) au cours des sept années de siège {{12}}.

    ——————-

    — Mai 2014. Petro Porochenko est élu Président de la République. Il est partisan de l’adhésion à l’OTAN et à l’Union Européenne.

    — 2 mai 2014  : à la suite d’affrontements entre “pro-Maïdan” et “anti-Maïdan“ (ou “pro-russes”), ces derniers retranchés dans la Maison des syndicats sont assiégés par des milices du «  Pravy Sektor  » qui mettent le feu au bâtiment (de 40 à 50 morts brûlés, asphyxiés, précipités par les fenêtres). Les médias français sont discrets. Aucune enquête des autorités {{13}}.

    — Septembre 2014  : Un cessez-le-feu entre les deux parties ukrainiennes est signé à Minsk.

    — Octobre 2014  : Élections législatives. Le nouveau gouvernement fait de l’adhésion à l’OTAN une priorité.

    — Septembre 2014 et février 2015 / Négociations de Minsk  : Les détails de l’accord s’inspirent du plan de paix en 15 points proposé par le président ukrainien Petro Porochenko. Signataires du document  : l’envoyée spéciale de l’OSCE, Heidi Tagliavini, l’ancien président de l’Ukraine, Leonid Koutchma, l’ambassadeur russe en Ukraine, Mikhaïl Zourabov, les dirigeants des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk {{14}}.
    [Des violations de ces accords se révéleront fréquentes après leur signature en septembre 2014 et février 2015].

    — Décembre 2014. Le Parlement ukrainien renonce au statut de neutralité de l’Ukraine. La Rada ukrainienne (sans les séparatistes) vote en faveur d’une adhésion à l’OTAN.

    — Janvier 2015  : Le 24, les “séparatistes” bombardent la ville de Marioupol, située sur la mer d’Azov entre la frontière russe et la Crimée, causant le mort d’une trentaine de civils.

    — Février 2015  : De nouvelles négociations ont lieu entre la Russie et l’Ukraine, auxquelles participent l’Allemagne et la France. Angela Merkel et François Hollande se rendent à Kiev puis à Moscou afin de proposer à Petro Porochenko et à Vladimir Poutine un plan de règlement du conflit, mais celui-ci se poursuit. La Russie annonce un nouveau cessez-le-feu.

    — Décembre 2017  : Les États-Unis fournissent des armes dites «  défensives  » à l’Ukraine.

    — Août 2018  : Le “séparatiste” Alexandre Zakhartchenko est assassiné à Donetsk.

    — Novembre 2018  : Trois navires de la Marine ukrainienne sont arraisonnés par les forces russes sous le pont de Crimée, 24 membres d’équipage sont arrêtés. Le lendemain, le président Porochenko décrète la loi martiale pour trente jours dans les régions russophones de l’Est du pays.

    — Février 2019  : Le préambule de la Constitution de l’Ukraine est modifié en vue de lui permettre de rejoindre l’OTAN et l’Union européenne.

    — Mai 2019  : Volodymyr Zelensky est élu président de l’Ukraine face à son prédécesseur Petro Porochenko. Il annonce aussitôt la dissolution du Parlement.

    — Août 2019  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Brégançon. Il déclare vouloir réinventer «  une architecture de confiance et de sécurité en Europe  », incluant la Russie.

    — Septembre 2019  : Les 24 marins ukrainiens ainsi que dix autres citoyens sont libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers.

    — Octobre 2019  : Des représentants ukrainiens et russes se réunissent à Minsk sous la protection de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Ils s’accordent à organiser des élections dans les régions séparatistes du Donbass afin de leur octroyer un statut spécial. Des milliers de manifestants manifestent en Ukraine, ils y voient une capitulation face à la Russie.

    — Décembre 2019  : Les dirigeants russe, ukrainien, français et allemand se rencontrent. Ils discutent de l’accord visant à réguler le transit du gaz russe en Ukraine vers l’Europe (accord conclu en 2009 et arrivant à terme le 31 décembre 2019). La Russie et l’Ukraine concluent un nouvel accord de cinq ans.

    — Juin 2020  : L’Ukraine rejoint le programme d’interopérabilité renforcée et de coopération des partenaires de l’OTAN qui reconnaît l’Ukraine comme partenaire.

    ——————-

    Dans sa bienveillance démocratique, le “monde libre” résiste à toute escalade

    — Avril 2021  : Poutine rappelle que Moscou sera contraint de réagir si l’OTAN franchit les “lignes rouges” («  nouvelle expansion vers l’Est  »). Il insiste sur la nécessité de «  garanties de sécurité  » pour mettre fin à l’escalade. Dans le même temps, la Russie mobilise 100 000 hommes et plus à la frontière de l’Ukraine.

    — Juin 2021  : Au Sommet de l’OTAN à Bruxelles, est réitérée la décision du Sommet de Bucarest selon laquelle l’Ukraine doit devenir membre de l’OTAN. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stolenbreg souligne que la Russie ne pourra pas y opposer son veto. Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine se rencontrent à Genève et discutent de questions stratégiques.
    L’OTAN et les forces de l’Ukraine organisent des exercices communs en Mer noire (Sea Breeze 2021).

    — Septembre 2021— A l’occasion de la préparation d’exercices communs prévus pour 2022 (Defender 22), se tient une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN afin d’établir un Master Plan visant à renforcer leurs alliances militaires contre la Russie (repositionnement du front occidental). Le Site German-Foreign-Policy titre  : «  Un front plus uni contre la Russie  » (UE, USA, OTAN).

    — Octobre 2021  : En coopération avec les 32 pays de l’OTAN, la Bundeswehr met en œuvre des cartes détaillées de la Russie, en «  format militaire  ». Le Conseil allemand de politique étrangère (DGAP) appelle à de nouveaux investissements pour défendre les capacités militaires au sein de l’UE et de l’OTAN, mais aussi pour «  promouvoir un “Change in Russia”  »  : «  Le changement en Russie est la priorité  » (ceci en relation avec la promotion de contacts avec la diaspora russe).

    — Novembre 2021  : Réunion à Riga des ministres des affaires étrangères de l’OTAN qui accentuent leur pression sur Moscou. Ils revendiquent le pouvoir d’interdire à la Russie de déployer des troupes sur des zones de son propre territoire (ce qu’ils ne s’interdisent pas eux-mêmes). Plusieurs autres mesures sont en discussion. Les forces armées américaines prévoient, avec des alliés de l’OTAN non spécifiés, de «  renforcer davantage la dissuasion crédible au combat vis-à-vis de la Russie  ».

    Le Président Poutine réitère son avertissement d’avril à propos de l’extension de l’infrastructure militaire de l’OTAN en Ukraine (déploiement éventuel d’un système de défense anti-missile Aegis Ashore, comme celui déjà installé en Roumanie et qui devrait devenir opérationnel en Pologne en 2022). Ces systèmes pourraient atteindre Moscou en quelques minutes. Les ministres se félicitent d’avoir trouvé un «  langage commun  » concernant les mouvements de troupes russes {{15}}.

    La Russie déploie à nouveau des troupes à proximité de l’Ukraine.

    — Décembre 2021  : Les États-Unis et la Russie s’entretiennent au sujet des tensions à la frontière ukrainienne. La Russie demande des garanties écrites sur la non-extension de l’OTAN à l’est du pays, au nom de la sécurité collective en Europe. Rien n’est concédé du côté de l’OTAN. De son côté, l’Ukraine demande à l’OTAN un «  paquet de dissuasion  » contre la Russie.

    — Janvier 2022  : Alors que 100 000 soldats russes se trouvent toujours aux frontières de l’Ukraine, un sommet présidentiel russo-américain se tient à Genève. Il s’ensuit une réunion entre l’OTAN et la Russie ainsi que des discussions dans le cadre de l’OSCE. Ces rencontres ne donnent lieu à aucune solution, ni à la moindre concession pour la sécurité de la Russie sur son flanc occidental. Les États-Unis proposent une nouvelle aide militaire de 200 millions de dollars à l’Ukraine.

    — 31 janvier 2022  : Le secrétaire ukrainien du Conseil de sécurité Nationale et de Défense déclare ne pas vouloir respecter les Accords de Minsk «  signés sous la menace des Russes sous le regard des Allemands et des Français  » et qui signifierait «  la destruction du pays.  »

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    — Février 2022  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Moscou. Joe Biden s’entretient avec lui à travers un appel diplomatique. La Russie pointe du doigt une «  hystérie américaine  », elle est aussitôt menacée par la Maison Blanche de «  répercussions sévères et rapides  ».

    — 16 février 2022  : Les forces russes déployées aux frontières ukrainiennes se retirent, mais les “occidentaux” (principalement les États-Unis), indiquent l’imminence d’une opération militaire.

    — 21 février 2022  : Vladimir Poutine reconnaît l’indépendance des régions de Donetsk et Louhansk, à l’Est de l’Ukraine. La mission de l’armée russe est posée par lui comme nécessité pour y maintenir la paix.

    — 24 février 2022, huit ans après le soulèvement de l’Euromaïdan, les troupes russes investissent l’Ukraine.
    Nul doute que la population française dans sa très grande majorité souhaiterait que la guerre prenne fin en Ukraine, qu’elle n’ait jamais commencé, que “Poutine” ne se soit jamais rendu coupable d’un tel forfait, que le monde, ou du moins notre pays, ne se retrouve pas, pour reprendre une expression du Président de la République, «  face au retour du tragique de l’histoire  ». En n’ignorant pas que ce “tragique”, certes un peu plus loin de nous depuis quelques décennies, n’a jamais cessé de hanter le monde. En n’ignorant pas non plus que le “monde libre” auquel nous appartenons n’a pas manqué d’y jouer sa part, d’y affirmer sa loi, lui seul étant autorisé à définir et enfreindre le droit international {{16}}.

     

     

    — 1991, Dissolution de l’URSS. Les USA s’engagent verbalement vis-à-vis de Gorbatchev à ne jamais étendre l’OTAN vers l’Est. Ces engagements aujourd’hui contestés furent confirmés par la suite par de nombreux dirigeants du monde occidental [7].

    — 1991  : Traité de Minsk (à ne pas confondre avec les négociations de Minsk de 2014-2015). Ce traité entérine la dissolution de l’URSS, et donne naissance à la CEI (Russie, Ukraine, Biélorussie). Par la suite, huit anciennes républiques de l’ensemble soviétique y adhèrent, sans les Pays Baltes et la Géorgie qui refusent l’adhésion.

    — Dès 1992, des relations se nouent entre l’Ukraine et l’OTAN. L’Ukraine engage un plan d’action pour l’adhésion, interrompu après l’élection présidentielle de 2010. Viktor Ianoukovitch est élu avec un programme qui prône une Ukraine «  neutre  ».

    — 1994  : Mémorandum de Budapest (Russie, USA, GB) selon laquelle l’intégrité territoriale de l’Ukraine doit être respectée [8].

    — 1999  : Adhésion à l’OTAN de la Pologne, la Hongrie, la République tchèque.

    — 2004  : Adhésion à l’OTAN de la Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie
    En dépit de ces adhésions ou propositions d’adhésions, la Russie ne passe pas à l’attaque, se contentant de réagir, jusqu’à l’élargissement de l’OTAN en 2007.

    — 2008  : La donne change. L’OTAN donne son aval à une proposition d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. La France et Allemagne s’y opposent.

    — 2013-2014  : L’Ukraine est plus que jamais partagée entre le projet d’intégration économique à l’Union européenne et la proposition d’union douanière russe.

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    “Soulèvement de l’Euromaïdan ” (18-23 février 2014)

    L’enjeu de ce soulèvement peut être mis en relation avec une décision du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, celui-ci refuse de signer l’accord d’association proposé par l’Union européenne. En réaction à ce refus, des manifestations en faveur de la signature se constituent. Elles vont regrouper à Kiev 100 000 personnes sur la Place Maïdan. Les manifestants favorables à l’accord d’association exigent la démission du président. Ce dernier confirme son choix en faveur de la proposition d’union douanière avec la Russie [9].

    S’agissant des causes immédiates, le soulèvement, non exempt d’ingérences étrangères, se déclenche à la suite d’incidents entre police et manifestants, le Président élu, Viktor Ianoukovytch, ayant donné l’ordre d’évacuer la Place Maïdan. Les policiers essaient de reprendre le contrôle de la place, sans y parvenir. Poussé à la démission, Ianoukovytch refuse et parle de « coup d’État ». Il annonce l’organisation d’élections anticipées ainsi qu’un retour à la Constitution de 2004 [10]. Des négociations de sortie de crise sont entamées avec l’opposition et les ministres des affaires étrangères allemand, polonais et français. Sous la menace des manifestants Ianoukovitch finit par s’enfuir tandis que la Rada (Parlement ukrainien) le destitue par les voix de 328 députés sur 450 [en violation avec l’article 111 de la Constitution — 338 votes étaient nécessaires ainsi que l’avis du Conseil constitutionnel {{11}}].

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    Les conséquences de la “révolution”  : Guerre civile, Division de l’Ukraine

    — À Kiev, les affrontements entre pro-Maïdan et anti-Maïdan tournent au profit des premiers. Les pro-Maïdan sont toutefois minoritaires dans plusieurs régions du Sud-Est  : Donetsk, Loughansk, Kharkiv. Une partie de l’Est du pays et quelques députés ne reconnaissent pas les nouvelles institutions. L’abolition de la loi sur les langues régionales, votée par la Rada, qui interdit l’usage de la langue russe, met le feu aux poudres. Des brigades d’auto-défense sont créées, notamment à Sébastopol, où un nouveau maire (pro-russe) est élu à main levée pour «  le retour à la stabilité  ».

    — Début mars, la république autonome de Crimée est de facto détachée de Kiev. Les députés de Crimée votent l’organisation d’un référendum d’autonomie, la population se prononce à 96,6% en faveur d’un rattachement à la Russie. Le 18 mars, un traité entérine ce rattachement, les pays occidentaux s’opposent à ces actes, qualifiés d’annexion. L’Union Européenne vote des sanctions économiques contre la Russie.

    — Au cours du mois d’avril, de violents affrontements éclatent dans la région du Dombass, entre les loyalistes et les séparatistes, secrètement soutenus et armés par la Russie. Ces forces prennent d’assaut plusieurs villes dans la région de Donetsk et de Louhansk et proclament l’indépendance des deux régions. Des référendums d’auto-détermination sont organisés le 11 mai 2014 et valident ce choix. La guerre entre ces deux parties de l’Ukraine ne cesse pas jusqu’au déclenchement de l’intervention russe de 2022. Les populations du Donetsk et de Louhansk sont assiégées durant toute cette période. On compte des milliers de morts (14 000) au cours des sept années de siège {{12}}.

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    — Mai 2014. Petro Porochenko est élu Président de la République. Il est partisan de l’adhésion à l’OTAN et à l’Union Européenne.

    — 2 mai 2014  : à la suite d’affrontements entre “pro-Maïdan” et “anti-Maïdan“ (ou “pro-russes”), ces derniers retranchés dans la Maison des syndicats sont assiégés par des milices du «  Pravy Sektor  » qui mettent le feu au bâtiment (de 40 à 50 morts brûlés, asphyxiés, précipités par les fenêtres). Les médias français sont discrets. Aucune enquête des autorités {{13}}.

    — Septembre 2014  : Un cessez-le-feu entre les deux parties ukrainiennes est signé à Minsk.

    — Octobre 2014  : Élections législatives. Le nouveau gouvernement fait de l’adhésion à l’OTAN une priorité.

    — Septembre 2014 et février 2015 / Négociations de Minsk  : Les détails de l’accord s’inspirent du plan de paix en 15 points proposé par le président ukrainien Petro Porochenko. Signataires du document  : l’envoyée spéciale de l’OSCE, Heidi Tagliavini, l’ancien président de l’Ukraine, Leonid Koutchma, l’ambassadeur russe en Ukraine, Mikhaïl Zourabov, les dirigeants des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk {{14}}.
    [Des violations de ces accords se révéleront fréquentes après leur signature en septembre 2014 et février 2015].

    — Décembre 2014. Le Parlement ukrainien renonce au statut de neutralité de l’Ukraine. La Rada ukrainienne (sans les séparatistes) vote en faveur d’une adhésion à l’OTAN.

    — Janvier 2015  : Le 24, les “séparatistes” bombardent la ville de Marioupol, située sur la mer d’Azov entre la frontière russe et la Crimée, causant le mort d’une trentaine de civils.

    — Février 2015  : De nouvelles négociations ont lieu entre la Russie et l’Ukraine, auxquelles participent l’Allemagne et la France. Angela Merkel et François Hollande se rendent à Kiev puis à Moscou afin de proposer à Petro Porochenko et à Vladimir Poutine un plan de règlement du conflit, mais celui-ci se poursuit. La Russie annonce un nouveau cessez-le-feu.

    — Décembre 2017  : Les États-Unis fournissent des armes dites «  défensives  » à l’Ukraine.

    — Août 2018  : Le “séparatiste” Alexandre Zakhartchenko est assassiné à Donetsk.

    — Novembre 2018  : Trois navires de la Marine ukrainienne sont arraisonnés par les forces russes sous le pont de Crimée, 24 membres d’équipage sont arrêtés. Le lendemain, le président Porochenko décrète la loi martiale pour trente jours dans les régions russophones de l’Est du pays.

    — Février 2019  : Le préambule de la Constitution de l’Ukraine est modifié en vue de lui permettre de rejoindre l’OTAN et l’Union européenne.

    — Mai 2019  : Volodymyr Zelensky est élu président de l’Ukraine face à son prédécesseur Petro Porochenko. Il annonce aussitôt la dissolution du Parlement.

    — Août 2019  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Brégançon. Il déclare vouloir réinventer «  une architecture de confiance et de sécurité en Europe  », incluant la Russie.

    — Septembre 2019  : Les 24 marins ukrainiens ainsi que dix autres citoyens sont libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers.

    — Octobre 2019  : Des représentants ukrainiens et russes se réunissent à Minsk sous la protection de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Ils s’accordent à organiser des élections dans les régions séparatistes du Donbass afin de leur octroyer un statut spécial. Des milliers de manifestants manifestent en Ukraine, ils y voient une capitulation face à la Russie.

    — Décembre 2019  : Les dirigeants russe, ukrainien, français et allemand se rencontrent. Ils discutent de l’accord visant à réguler le transit du gaz russe en Ukraine vers l’Europe (accord conclu en 2009 et arrivant à terme le 31 décembre 2019). La Russie et l’Ukraine concluent un nouvel accord de cinq ans.

    — Juin 2020  : L’Ukraine rejoint le programme d’interopérabilité renforcée et de coopération des partenaires de l’OTAN qui reconnaît l’Ukraine comme partenaire.

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    Dans sa bienveillance démocratique, le “monde libre” résiste à toute escalade

    — Avril 2021  : Poutine rappelle que Moscou sera contraint de réagir si l’OTAN franchit les “lignes rouges” («  nouvelle expansion vers l’Est  »). Il insiste sur la nécessité de «  garanties de sécurité  » pour mettre fin à l’escalade. Dans le même temps, la Russie mobilise 100 000 hommes et plus à la frontière de l’Ukraine.

    — Juin 2021  : Au Sommet de l’OTAN à Bruxelles, est réitérée la décision du Sommet de Bucarest selon laquelle l’Ukraine doit devenir membre de l’OTAN. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stolenbreg souligne que la Russie ne pourra pas y opposer son veto. Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine se rencontrent à Genève et discutent de questions stratégiques.
    L’OTAN et les forces de l’Ukraine organisent des exercices communs en Mer noire (Sea Breeze 2021).

    — Septembre 2021— A l’occasion de la préparation d’exercices communs prévus pour 2022 (Defender 22), se tient une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN afin d’établir un Master Plan visant à renforcer leurs alliances militaires contre la Russie (repositionnement du front occidental). Le Site German-Foreign-Policy titre  : «  Un front plus uni contre la Russie  » (UE, USA, OTAN).

    — Octobre 2021  : En coopération avec les 32 pays de l’OTAN, la Bundeswehr met en œuvre des cartes détaillées de la Russie, en «  format militaire  ». Le Conseil allemand de politique étrangère (DGAP) appelle à de nouveaux investissements pour défendre les capacités militaires au sein de l’UE et de l’OTAN, mais aussi pour «  promouvoir un “Change in Russia”  »  : «  Le changement en Russie est la priorité  » (ceci en relation avec la promotion de contacts avec la diaspora russe).

    — Novembre 2021  : Réunion à Riga des ministres des affaires étrangères de l’OTAN qui accentuent leur pression sur Moscou. Ils revendiquent le pouvoir d’interdire à la Russie de déployer des troupes sur des zones de son propre territoire (ce qu’ils ne s’interdisent pas eux-mêmes). Plusieurs autres mesures sont en discussion. Les forces armées américaines prévoient, avec des alliés de l’OTAN non spécifiés, de «  renforcer davantage la dissuasion crédible au combat vis-à-vis de la Russie  ».

    Le Président Poutine réitère son avertissement d’avril à propos de l’extension de l’infrastructure militaire de l’OTAN en Ukraine (déploiement éventuel d’un système de défense anti-missile Aegis Ashore, comme celui déjà installé en Roumanie et qui devrait devenir opérationnel en Pologne en 2022). Ces systèmes pourraient atteindre Moscou en quelques minutes. Les ministres se félicitent d’avoir trouvé un «  langage commun  » concernant les mouvements de troupes russes {{15}}.

    La Russie déploie à nouveau des troupes à proximité de l’Ukraine.

    — Décembre 2021  : Les États-Unis et la Russie s’entretiennent au sujet des tensions à la frontière ukrainienne. La Russie demande des garanties écrites sur la non-extension de l’OTAN à l’est du pays, au nom de la sécurité collective en Europe. Rien n’est concédé du côté de l’OTAN. De son côté, l’Ukraine demande à l’OTAN un «  paquet de dissuasion  » contre la Russie.

    — Janvier 2022  : Alors que 100 000 soldats russes se trouvent toujours aux frontières de l’Ukraine, un sommet présidentiel russo-américain se tient à Genève. Il s’ensuit une réunion entre l’OTAN et la Russie ainsi que des discussions dans le cadre de l’OSCE. Ces rencontres ne donnent lieu à aucune solution, ni à la moindre concession pour la sécurité de la Russie sur son flanc occidental. Les États-Unis proposent une nouvelle aide militaire de 200 millions de dollars à l’Ukraine.

    — 31 janvier 2022  : Le secrétaire ukrainien du Conseil de sécurité Nationale et de Défense déclare ne pas vouloir respecter les Accords de Minsk «  signés sous la menace des Russes sous le regard des Allemands et des Français  » et qui signifierait «  la destruction du pays.  »

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    — Février 2022  : Emmanuel Macron rencontre Vladimir Poutine à Moscou. Joe Biden s’entretient avec lui à travers un appel diplomatique. La Russie pointe du doigt une «  hystérie américaine  », elle est aussitôt menacée par la Maison Blanche de «  répercussions sévères et rapides  ».

    — 16 février 2022  : Les forces russes déployées aux frontières ukrainiennes se retirent, mais les “occidentaux” (principalement les États-Unis), indiquent l’imminence d’une opération militaire.

    — 21 février 2022  : Vladimir Poutine reconnaît l’indépendance des régions de Donetsk et Louhansk, à l’Est de l’Ukraine. La mission de l’armée russe est posée par lui comme nécessité pour y maintenir la paix.

    — 24 février 2022, huit ans après le soulèvement de l’Euromaïdan, les troupes russes investissent l’Ukraine.
    Nul doute que la population française dans sa très grande majorité souhaiterait que la guerre prenne fin en Ukraine, qu’elle n’ait jamais commencé, que “Poutine” ne se soit jamais rendu coupable d’un tel forfait, que le monde, ou du moins notre pays, ne se retrouve pas, pour reprendre une expression du Président de la République, «  face au retour du tragique de l’histoire  ». En n’ignorant pas que ce “tragique”, certes un peu plus loin de nous depuis quelques décennies, n’a jamais cessé de hanter le monde. En n’ignorant pas non plus que le “monde libre” auquel nous appartenons n’a pas manqué d’y jouer sa part, d’y affirmer sa loi, lui seul étant autorisé à définir et enfreindre le droit international {{16}}.

     

     

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